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ACE – Adverse Childhood Expreriences

Adverse Childhood Expreriencesexpériences négatives de l’enfance – sont des événements difficiles ou traumatisants vécus dans l’enfance (avant 18 ans).

L’étude à l’origine du concept des ACE a été mené sur 17 000 patients par les Pr Felitti et Pr Anda en 1998. Cette étude a démontré une corrélation entre les ACE et les problèmes de santé mentale, physique et émotionnelle à l’âge adulte.

L’étude montre une relation dose-réponse: plus le score ACE est élevé, plus le risque de maladies graves augmente.

Voici le questionnaire original pour connaître votre score (oui = 1 point):

Avant la fin de votre adolescence:

  1. Un parent ou un autre membre du foyer vous a-t-il souvent… injurié, insulté, rabaissé ou humilié? ou agi d’une manière qui vous a fait craindre d’être physiquement blessé?   
  2. Est-ce qu’un parent ou un autre membre du foyer a-t-il souvent… poussé, frappé, giflé ou jeté quelque chose sur vous? 
  3. Est-ce que quelqu’un vous a-t-il(elle) déjà… touché(e) ou caressé(e), ou vous a-t-il(elle) fait toucher son corps de manière sexuelle alors vous le souhaitiez pas? ou a-t-il(elle) tenté d’avoir ou a eu des rapports sexuels oraux, anaux ou vaginaux?
  4. Avez-vous souvent eu l’impression que… un de vos parents (ou les deux) ne vous aimait ou ne pensait que vous étiez important ou spécial? ou votre famille ne se sentait pas proche les uns des autres ou ne se soutenait pas les uns les autres?
  5. Avez-vous souvent eu l’impression que… vous n’aviez pas assez à manger, deviez porter des vêtements sales et n’aviez personne pour vous protéger? ou vos parents étaient trop ivres ou drogués pour s’occuper de vous ou vous emmener chez le médecin?
  6. Vos parents ont-ils été séparés ou divorcés?
  7. Avez-vous souvent vu ou entendu un parent ou un membre de votre foyer… se faire crier dessus, insulter ou humilier? ou se faire gifler ou se faire battre?
  8. Avez-vous vécu avec quelqu’un qui avait des problèmes de boisson ou d’alcoolisme ou de drogues?
  9. Un membre de votre famille était-il dépressif ou malade mental, ou a-t-il tenté de se suicider?
  10. Un membre du foyer a-t-il été emprisonné?

 

Les ajouts au test original

Le test avait été créé pour la population américaine dans un cadre donné (orienté sur le climat familial). J’ai rassemblé les questions proposées par des spécialistes du psychotrauma qui devraient être ajoutés au test original (on considère toujours le vécu avant la fin de votre adolescence):

  • Accident (vélo, voiture, chute…)
  • Intervention chirurgicale
  • Anesthésie
  • Hospitalisation
  • Expérience traumatique dans l’eau, électrocution
  • Un proche qui ne croit à votre secret
  • Maladie grave
  • Maladie grave d’un proche
  • Perte d’un être cher (famille, ami…)
  • Perte d’un animal
  • Déménagement
  • Perte de liens douloureuse avec les grands-parents ou d’autres membres de la famille ou amis proches
  • Mariage forcé
  • Grossesse
  • Harcèlement (physique, émotionnel ou sexuel)
  • Assister à un harcèlement d’un proche (physique, émotionnel ou sexuel) 
  • Catastrophe dans la communauté
  • Environnement en tant que facteur de stress: isolement, manque de services, pauvreté, discrimination?
  • Enfance dans une communauté avec des croyances considérées comme extrêmes, dangereuses ou illégales
  • Troubles de santé mentale (anxiété, dépression…)
  • Un adulte vous a demandé de garder un secret, de manière inappropriée
  • Vous avez subi un vol
  • Vous avez été témoin de suicide
  • Environnement violent
  • Obligation de quitter son domicile pour cause de violence
  • Violence envers vous ou votre famille ou vos amis
  • Etats émotionnels forts dans l’enfance: colère, rage, peur, chagrin
  • Etat de dissociation
  • Pip au lit
  • Vous avez été un abuseur, harceleur, agresseur…
  • Troubles de l’alimentation
  • Maux de tête
  • Détention juvénile
  • Cauchemars
  • Vous avez ressenti beaucoup de douleur dans le corps
  • Renvoi de l’école
  • École buissonnière
  • Des problèmes avec l’usage / l’abus de drogues, de tabac ou d’alcool pour s’apaiser
  • Abus d’un aliment ou d’un groupe d’aliments comme le sucre pour s’apaiser
  • Abus de shopping ou de travail comme auto-apaisement
  • Vous étiez souvent malade
  • Troubles de sommeil
  • Problèmes de digestion / d’intestin
  • Problèmes de peau

 

Adverse Babyhood Experiences

Ce terme inventée par la Dr Véronique Mead porte sur le lien entre les expériences traumatiques vécues pendant la petite enfance, les blessures liées à l’attachement et les maladies chroniques. Ce concept s’articule autour de dix catégories d’événements indésirables vécus pendant la petite enfance:

  • Traumatismes de la mère 
  • Manque de soutien pour la mère (monoparentalité, désapprobation…)
  • Facteurs de stress émotionnels pour la mère (stress financier, perte…)
  • Facteurs de stress physique de la mère (maladie, violence domestique…)
  • Expériences maternelles de l’accouchement (interventions, césarienne…)
  • Expériences du bébé autour de la naissance (césarienne, forceps, travail difficile…)
  • Poids de naissance élevé ou faible
  • Problème d’allaitement (peut indiquer des perturbations du lien affectif…)
  • Séparation du bébé (soins intensifs néonatals, placement en famille d’accueil…)
  • Symptômes chez la mère ou le bébé après la sortie de l’hôpital (coliques, difficulté à consoler, dépression post-partum…)

 

Que faire de mes résultats?

Ces tests ont comme objectif une prise de conscience de sa propre histoire traumatique. C’est le premier pas indispensable vers une guérison.

Attention de ne pas considérer le résultat comme une prédiction au développement de maladie. Chaque personne a son bagage génétique différent, sa résilience et chaque vécu doit être nuancé.

Je peux vous accompagner pour comprendre comment votre histoire a modelé votre corps psychique, émotionnel et physique et pour vous aider à évoluer.

Et si on relâchait un peu la pression d’être heureux?

« Seule cette recherche du bonheur nous empêche de le voir.
C‘est comme un arc-en-ciel
qu’on poursuit, sans jamais le rattraper
Parce qu’il n’existe pas, qu’il a toujours été là
et t’accompagne à chaque instant. »

Guendu Rinpoche

 

Il y a un mois, j’ai partagé sur Instagram l’importance de ne pas attendre de grands événements pour ressentir de la joie. Dans cette newsletter, j’ai voulu pousser la réflexion vers l’un des plus grands objectifs humains : la quête du bonheur.

Je ne vais pas aborder ce sujet d’un point de vue philosophique, mais d’un point de vue psycho-corporel.

 

Le bonheur : une définition problématique

Le bonheur est défini comme « Un état de satisfaction globale de la vie, associé à des émotions positives et à l’accomplissement personnel » selon le World Happiness Report (ONU).

Selon moi, cette définition pose plusieurs problèmes:

  1. Même s’il est profondément humain d’aspirer au bonheur, cette aspiration peut activer une pression de performance – « je dois », « je devrais » – comme si c’était une destination à atteindre, alors qu’il est souvent un état à sentir, à accueillir.
  2. Affirmer que « le bonheur = émotions positives », c’est nier la complexité de la vie et sa nature cyclique avec ses hauts et de ses bas. 
    Comme le disait Carl Gustav Jung : « Même une vie heureuse ne peut être sans une part de ténèbres, et le mot “bonheur” perdrait son sens s’il n’était pas équilibré par la tristesse. »Le bonheur est une expérience intérieure, subjective et changeante.
  3. Comment évaluer ce qui ne se mesure pas ? Et si l’évaluation devient un jugement — sur soi, sur sa “valeur” ?
  4. Quand la recherche du bonheur repose uniquement sur le contexte extérieur – un emploi, un statut, une relation, un objet – il est plus éphémère. Alors que le bonheur qui s’appuie sur un état d’esprit capable d’apprécier le moment présent (aussi simple qu’il soit) – a plus de chance de durer.
  5. Cette définition ignore la physiologie du « bien-être. » Du point de vue somatique, le bonheur est avant tout une expérience de sécurité intérieure.

 

La quête du bonheur vu par le corps 
(la théorie polyvagale)

Quand notre système nerveux sent qu’il est en sécurité, nous sommes dans la fenêtre de tolérance – l’état où nous pouvons traverser le stress sans débordement.

Mais si la recherche du bonheur devient une tension — “je dois y arriver”, « pourquoi je n’y arrive pas » — le corps peut l’enregistrer comme une menace. La frustration, les doutes, les projections dans le futur… tout cela peut activer l’anxiété, surtout si on a appris à vivre en état d’alerte.

Pour certaines personnes, ressentir de la joie peut même être déroutant au début. Si le corps a appris à associer le calme à quelque chose d’imprévisible.

Comme je l’ai mentionné plus haut, cet « état de satisfaction » est fluctuant. Parfois, il faut un temps de guérison, un temps d’intégration de ce qui difficile au moment présent, pour qu’il s’invite en chemin, par petite touche.

Au fond, il ne s’agit pas de “devenir heureux”, mais de cultiver, ici et maintenant, ce qui apaise, ce qui rassure, ce qui connecte.

 

Le « Big Joy Project »

À ce sujet, je souhaite vous partager le plus grand projet de science communautaire au monde sur la joie : le Big Joy Project.Plus de 17 000 participants, dans 169 pays, ont expérimenté pendant une semaine des micro-actes de joie de 5 à 10 minutes par jour.

Après une semaine, les participants rapportaient un bien-être émotionnel plus élevé, davantage d’émotions positives, une diminution du stress et une légère amélioration du sommeil.

Ces effets peuvent être expliqués par l’activation des circuits cérébraux liés au bien-être via la libération de dopamine et sérotonine, en réduisant le cortisol (protecteur de l’hippocampe), et la stimulation du cortex préfrontal. 

Une autre tendance observée : plus les micro-actes étaient réalisés, plus les comportements pro-sociaux augmentaient.

Du point de vue du système nerveux : la répétition des micro-expériences stimule la neuroplasticité – selon le principe “neurons that fire together, wire together” – et élargit progressivement la fenêtre de tolérance. 

Dans un contexte de sécurité intérieure, la branche ventrale vagale du système nerveux autonome s’active, soutenant l’apaisement, l’engagement social, la curiosité et l’empathie.

 

Ces “petits riens” qui comptent

Même s’il peut être agréable et stimulant d’attendre un événement positif, c’est bien la répétition des micro-moment vécus en conscience qui nous aident à nous sentir (plus) en harmonie (sans forcément être « hyper heureux »).

Concrètement, cela peut être : 

  • pratiquer une respiration douce
  • sentir le contact des pieds sur le sol
  • boire ou manger en conscience
  • toucher un tissu doux, une plante, un objet rassurant
  • rire ou sourire avec quelqu’un
  • faire une micro-action de gentillesse
  • penser à 3 moments (même un tout petit peu) satisfaisant de la journée
  • s’immerger dans une image de nature
  • bouger (s’étirer, marcher, danser) en conscience
  • consacrer 10 minutes à un loisir
  • se faire un geste de compassion (main sur le coeur)
  • célébrer la joie d’une autre personne (même à distance)

Et si certaines pratiques ne vous conviennent pas – c’est OK.Le plus important – c’est votre perception.

 

Une nouvelle proposition de la définition du bonheur

Pour conclure, voici comment je pourrais définir le bonheur:

Un état de bien-être vécu dans le moment présent, ancré dans un sentiment de sécurité intérieure et qui semble avoir du sens.