Et si on relâchait un peu la pression d’être heureux?

« Seule cette recherche du bonheur nous empêche de le voir.
C‘est comme un arc-en-ciel
qu’on poursuit, sans jamais le rattraper
Parce qu’il n’existe pas, qu’il a toujours été là
et t’accompagne à chaque instant. »

Guendu Rinpoche

 

Il y a un mois, j’ai partagé sur Instagram l’importance de ne pas attendre de grands événements pour ressentir de la joie. Dans cette newsletter, j’ai voulu pousser la réflexion vers l’un des plus grands objectifs humains : la quête du bonheur.

Je ne vais pas aborder ce sujet d’un point de vue philosophique, mais d’un point de vue psycho-corporel.

 

Le bonheur : une définition problématique

Le bonheur est défini comme « Un état de satisfaction globale de la vie, associé à des émotions positives et à l’accomplissement personnel » selon le World Happiness Report (ONU).

Selon moi, cette définition pose plusieurs problèmes:

  1. Même s’il est profondément humain d’aspirer au bonheur, cette aspiration peut activer une pression de performance – « je dois », « je devrais » – comme si c’était une destination à atteindre, alors qu’il est souvent un état à sentir, à accueillir.
  2. Affirmer que « le bonheur = émotions positives », c’est nier la complexité de la vie et sa nature cyclique avec ses hauts et de ses bas. 
    Comme le disait Carl Gustav Jung : « Même une vie heureuse ne peut être sans une part de ténèbres, et le mot “bonheur” perdrait son sens s’il n’était pas équilibré par la tristesse. »Le bonheur est une expérience intérieure, subjective et changeante.
  3. Comment évaluer ce qui ne se mesure pas ? Et si l’évaluation devient un jugement — sur soi, sur sa “valeur” ?
  4. Quand la recherche du bonheur repose uniquement sur le contexte extérieur – un emploi, un statut, une relation, un objet – il est plus éphémère. Alors que le bonheur qui s’appuie sur un état d’esprit capable d’apprécier le moment présent (aussi simple qu’il soit) – a plus de chance de durer.
  5. Cette définition ignore la physiologie du « bien-être. » Du point de vue somatique, le bonheur est avant tout une expérience de sécurité intérieure.

 

La quête du bonheur vu par le corps 
(la théorie polyvagale)

Quand notre système nerveux sent qu’il est en sécurité, nous sommes dans la fenêtre de tolérance – l’état où nous pouvons traverser le stress sans débordement.

Mais si la recherche du bonheur devient une tension — “je dois y arriver”, « pourquoi je n’y arrive pas » — le corps peut l’enregistrer comme une menace. La frustration, les doutes, les projections dans le futur… tout cela peut activer l’anxiété, surtout si on a appris à vivre en état d’alerte.

Pour certaines personnes, ressentir de la joie peut même être déroutant au début. Si le corps a appris à associer le calme à quelque chose d’imprévisible.

Comme je l’ai mentionné plus haut, cet « état de satisfaction » est fluctuant. Parfois, il faut un temps de guérison, un temps d’intégration de ce qui difficile au moment présent, pour qu’il s’invite en chemin, par petite touche.

Au fond, il ne s’agit pas de “devenir heureux”, mais de cultiver, ici et maintenant, ce qui apaise, ce qui rassure, ce qui connecte.

 

Le « Big Joy Project »

À ce sujet, je souhaite vous partager le plus grand projet de science communautaire au monde sur la joie : le Big Joy Project.Plus de 17 000 participants, dans 169 pays, ont expérimenté pendant une semaine des micro-actes de joie de 5 à 10 minutes par jour.

Après une semaine, les participants rapportaient un bien-être émotionnel plus élevé, davantage d’émotions positives, une diminution du stress et une légère amélioration du sommeil.

Ces effets peuvent être expliqués par l’activation des circuits cérébraux liés au bien-être via la libération de dopamine et sérotonine, en réduisant le cortisol (protecteur de l’hippocampe), et la stimulation du cortex préfrontal. 

Une autre tendance observée : plus les micro-actes étaient réalisés, plus les comportements pro-sociaux augmentaient.

Du point de vue du système nerveux : la répétition des micro-expériences stimule la neuroplasticité – selon le principe “neurons that fire together, wire together” – et élargit progressivement la fenêtre de tolérance. 

Dans un contexte de sécurité intérieure, la branche ventrale vagale du système nerveux autonome s’active, soutenant l’apaisement, l’engagement social, la curiosité et l’empathie.

 

Ces “petits riens” qui comptent

Même s’il peut être agréable et stimulant d’attendre un événement positif, c’est bien la répétition des micro-moment vécus en conscience qui nous aident à nous sentir (plus) en harmonie (sans forcément être « hyper heureux »).

Concrètement, cela peut être : 

  • pratiquer une respiration douce
  • sentir le contact des pieds sur le sol
  • boire ou manger en conscience
  • toucher un tissu doux, une plante, un objet rassurant
  • rire ou sourire avec quelqu’un
  • faire une micro-action de gentillesse
  • penser à 3 moments (même un tout petit peu) satisfaisant de la journée
  • s’immerger dans une image de nature
  • bouger (s’étirer, marcher, danser) en conscience
  • consacrer 10 minutes à un loisir
  • se faire un geste de compassion (main sur le coeur)
  • célébrer la joie d’une autre personne (même à distance)

Et si certaines pratiques ne vous conviennent pas – c’est OK.Le plus important – c’est votre perception.

 

Une nouvelle proposition de la définition du bonheur

Pour conclure, voici comment je pourrais définir le bonheur:

Un état de bien-être vécu dans le moment présent, ancré dans un sentiment de sécurité intérieure et qui semble avoir du sens.