« Il y a une contrainte de la métamorphose. »
Boris Cyrulnik
Ce printemps (2026) j’ai vécu un double déménagement : celui de mon cabinet et du lieu de vie avec ma petite famille.
Cette période fut très éprouvante pour moi : en plus d’une fatigue « normale » due à la logistique, se sont invités des moments de doute, de sentiment d’insécurité, de perte de repères.
Tous ces mouvements m’ont fait penser à ce qui se passe dans notre espace intérieur lors d’un parcours thérapeutique ou de développement personnel (même si je n’aime pas ce terme).
Que l’on soit au début de notre chemin de guérison ou non, nous passons forcément par ces phases de perte de repères.
Le « Moi » d’avant n’existe plus. Le « Moi » d’après est en pleine mue : comme un bernard-l’hermite qui a abandonné sa coquille, mais dont le nouvel exosquelette n’est pas encore construit.
Pendant cette mue, tout bouge en même temps: les schémas inconscients se déconstruisent lentement, on vit de nouvelles expériences, le corps vacille entre sécurité et insécurité, et notre environnement extérieur n’est peut-être plus ajusté à la personne que l’on est entrain de devenir.
Ce que l’on vit peut s’apparenter à un déménagement: on quitte un logement connu pour aller vers un nouvel habitat encore inconnu.
Ce changement affecte autant les aspects de notre vie intérieure — modification de confort, de routine, d’habitudes — que les aspects de notre vie extérieure : éloignement ou rapprochement par rapport au travail, aux loisirs, aux relations…
Ainsi, le temps que ce nouveau lieu devienne notre « cocon de sécurité », on vit dans un entre-deux, en essayant de se raccrocher à nos repères stables (des ressources, hobby, amis, famille, conjoint, enfants…) et en créant des nouveaux.
Et dans tous les cas : on gagne quelque chose ET on perd quelque chose.
Tout comme dans notre monde intérieur lorsqu’on évolue.
On doit ajuster nos choix de vie en fonction de nos nouveaux besoins et désirs.
On réconcilie nos forces et nos fragilités.
On devient plus confiant et on met des limites.
Ce qui nous paraissait acceptable auparavant ne l’est plus.
Pour notre entourage, on n’est plus la même personne qu’avant.
Et cela peut ne pas plaire à tout le monde.

Pour un déménagement intérieur en douceur (sans trop y laisser des plumes), voici mes propositions:
- Prioriser notre bien-être psycho-corporel : comme je le mentionnais — c’est le moment de renforcer les habitudes qui restent et qui nous soutiennent (sport, art, musique, amitiés…).
- Accepter l’inconfort passager : tout passe. Garder l’espoir dans l’impermanence. Avec le temps et les moyens que l’on se donne, un nouvel équilibre va finir par émerger.
- Accueillir avec compassion tous nos états d’âme. Vous êtes humains, vos émotions sont légitimes. Reconnaître la souffrance de la perte et honorer ce que vous gagnez.
- Rester dans le moment présent permet de ne pas ressasser le passé, ni de se projeter dans un avenir idéalisé (voire irréaliste). Si vous voulez regarder en arrière — listez vos progrès, pas vos regrets.
- Sécuriser le nouvel espace en vivant de nouvelles expériences, puis prendre conscience de ce que cela vous fait vivre.
- Qu’est-ce que ça m’a fait d’avoir dit non aujourd’hui ?
- Comment je me suis sentie quand je me suis choisie hier, en restant à la maison au lieu d’aller à cette soirée ?
- Qu’est-ce que ça dit de moi quand je m’affirme face à une personne qui me faisait peur avant ?
En tout cas, je souhaite à chacun de pouvoir vivre ce déménagement intérieur. Car, aussi inconfortable qu’il soit, nous y gagnons bien plus que nous y perdons.
